Marché & tendances

Immobilier et transition écologique : quelles attentes pour le marché ?

Par Maxime
6 minutes

L’immobilier à l’épreuve du défi environnemental

Le secteur immobilier, historiquement associé à la stabilité et à la valeur refuge, se retrouve désormais au cœur d’une révolution verte de grande ampleur. Sous la pression des attentes sociétales, de la réglementation et des évolutions technologiques, il doit entamer une profonde mutation pour concilier enjeux écologiques et dynamisme du marché. Analyse des grands mouvements qui transforment l’habitat et l’investissement en France.


Un contexte réglementaire en pleine évolution

Depuis la loi de transition énergétique de 2015 jusqu’aux récentes évolutions du « DPE » (Diagnostic de Performance Énergétique), la réglementation pousse le secteur immobilier à s’engager résolument sur la voie de la sobriété environnementale.
Les objectifs nationaux – neutralité carbone à l’horizon 2050, éradication des « passoires thermiques », massification de la rénovation énergétique – se traduisent par un encadrement de plus en plus strict.
Les propriétaires bailleurs comme les acquéreurs doivent composer avec l’interdiction progressive à la location des biens les plus énergivores (classés G puis F), l’exigence de travaux lors d’un achat, et la multiplication des dispositifs d’aides conditionnées à la performance atteinte.


Quelles conséquences pour les transactions et la gestion locative ?

L’injonction verte rebat les cartes : un bien énergétique performant voit sa valeur rehaussée, à la revente comme à la location. À l’inverse, les logements classés F ou G perdent en attractivité et peuvent sortir du marché locatif classique, incitant les propriétaires à anticiper des travaux souvent coûteux.
Pour les acquéreurs, la performance environnementale devient un critère de choix – avec un impact réel sur le positionnement prix.


De nouvelles attentes côté acheteurs et locataires

Loin d’être subi, ce virage écologique répond à une vraie demande du public. Une majorité de Français déclare aujourd’hui être prête à investir (ou payer davantage) pour un logement mieux isolé, doté d’équipements sobres ou certifié « vert » (BBC, HQE, etc.).
Les locataires, de plus en plus sensibles au confort thermique et au coût global d’occupation, plébiscitent les logements économes, y compris dans les zones tendues.


  • La facture énergétique s’invite en critère majeur dans la sélection d’un logement, tant pour la location que pour l’achat.
  • La prise de conscience environnementale touche aussi la question du cycle de vie des matériaux, de l’origine des équipements et de l’empreinte carbone globale du projet immobilier.
  • Certains profils – jeunes actifs, familles, cadres en télétravail – plébiscitent également des services liés à la mobilité douce (abri vélo, bornes de recharge, connexion transports), l’intégration d’espaces verts et la flexibilité d’usage des lieux.

Investisseurs et professionnels : mutation des stratégies

Du promoteur au bailleur institutionnel en passant par les agences et syndics, l’ensemble des acteurs de l’immobilier adapte ses méthodes et ses offres.
Nouvelle construction ou rénovation de l’ancien, ces stratégies visent aussi bien la performance énergétique que l’empreinte carbone et l’adaptation au changement climatique (gestion des canicules, des épisodes de sécheresse, prise en compte de la biodiversité).
Les investisseurs particuliers, notamment via la location meublée ou saisonnière, sont quant à eux poussés à revoir leur copie : un logement mal isolé aura de plus en plus de mal à s’imposer face à une concurrence « verte ».


Vers un immobilier « bas carbone » ?

  • Les certifications environnementales (HQE, BREEAM, Effinergie…) se généralisent dans le neuf, tirant à la hausse le niveau d’exigence.
  • Les modèles de financement évoluent, avec des « prêts verts » ou des bonus pour les rénovations performantes (éco-PTZ, MaPrimeRénov’ renforcée, réduction de la durée d’assurance-emprunteur pour les logements à haute performance…)
  • Les acteurs de la gestion locative et de la copropriété sont amenés à intégrer dans leurs process la planification des travaux collectifs et l’optimisation de l’exploitation au quotidien (pilotage intelligent du chauffage, mutualisation des équipements, veille sur les contrats d’énergie renouvelable, etc.).

La rénovation énergétique : un enjeu central et structurant

La France compte près de 5 millions de logements catalogués comme « passoires thermiques ». Leur traitement est un défi immense : il s’agit d’en réhabiliter au moins 500 000 chaque année pour tenir les objectifs de neutralité carbone.
Outre la lutte contre la précarité énergétique et la valorisation patrimoniale, la rénovation énergétique devient une exigence réglementaire et un facteur déterminant de liquidité sur le marché.


Quels travaux prioriser ?

  • Isolation des toitures, murs et sols : premier levier d’efficacité, ces travaux réduisent jusqu’à 60 % les déperditions de chaleur.
  • Remplacement des systèmes de chauffage polluants (fioul, anciens convecteurs) par des solutions à haute efficacité (pompes à chaleur, chaudière à condensation, réseaux de chaleur vertueux…)
  • Installation de systèmes de ventilation contrôlée (VMC simple ou double flux) pour garantir qualité d’air et économies d’énergie.
  • Mise à niveau des menuiseries (fenêtres, portes), en particulier dans le cadre du remplacement d’un simple vitrage.

Le succès de cette « massification » de la rénovation repose sur l’accès aux financements, les aides publiques (éco-PTZ, MaPrimeRénov’, certificats d’économie d’énergie), la structuration d’une filière travaux certifiée (artisans RGE) et l’accompagnement des ménages.
Sans oublier la prise en compte de l’empreinte carbone des matériaux eux-mêmes : le choix du biosourcé, du recyclé ou du local tend à s’imposer auprès des ménages les plus soucieux de leur impact environnemental.


Faut-il craindre un marché à deux vitesses ?

La montée en puissance des exigences écologiques risque d’amplifier la fracture entre logements « conformes » et « non conformes ». Si un bien ancien, bien situé, reste un actif sûr, il s’expose (sans amélioration énergétique) à une décote grandissante, voire à la disparition de la demande locative.
Ce risque est renforcé dans les marchés détendus où l’offre excède la demande, conduisant certains investisseurs à repenser leurs stratégies ou à se détourner de segments trop risqués.


Le cas des copropriétés : vers un choc de gouvernance ?

En habitat collectif, la réussite de la transition écologique passe par la capacité des copropriétaires à s’accorder sur la planification et le financement des travaux. Les syndics et conseils syndicaux jouent un rôle clé : ils doivent convaincre, piloter et innover pour mobiliser la majorité.
Les dispositifs d’accompagnement (audit global, plan pluriannuel de travaux, aides collectives) sont de plus en plus plébiscités.
Le taux de « vote » des travaux de rénovation demeure cependant un frein majeur à lever pour une transition efficace.


Focus sur les innovations et les nouveaux usages

Le numérique offre à la transition écologique du secteur des perspectives inédites. Le pilotage intelligent des consommations (chauffage, eau, électricité) et des équipements partagés permet des gains rapides.
L’essor du « bâtiment à énergie positive » (BEPOS), de la domotique verte et de la gestion intelligente des usages (optimisation du chauffage selon la météo, programmation des appareils, self-diagnostic de la performance) dynamise tout le parc, neuf comme ancien.
Par ailleurs, les modes d’habitat évoluent : coliving, habitat participatif, mutualisation des services et espaces verts contribuent à optimiser l’empreinte écologique tout en renouvelant la vie en copropriété.


FAQ pratique : transition écologique et immobilier en 2024

Quels logements ne pourront plus être loués à court terme ?

Dès 2025, tous les logements classés G seront interdits à la location, puis ce sera le tour des F, puis E. Il est donc urgent d’anticiper si vous êtes bailleur.


Est-il encore rentable d’acheter une passoire thermique ?

Oui : si le prix tient compte du coût des travaux et des aides disponibles, en y intégrant le risque de liquidité à moyen terme. Cela peut être une opportunité pour les investisseurs aguerris et bricoleurs avertis.


Quelles aides pour financer une rénovation écologique ?

Éco-PTZ, MaPrimeRénov', Certificats d’économie d’énergie, aides locales (collectivités, régions). Attention : le versement et le montant de ces aides sont conditionnés à la nature précise des travaux, à leur niveau de performance et au recours à des artisans certifiés.


Comment augmenter la valeur verte de son bien ?

En ciblant : isolation (murs/combles), changement de système de chauffage, remplacement des menuiseries, installation d’équipements sobres (pompe à chaleur, VMC double flux), recours aux matériaux biosourcés, valorisation du DPE et labellisation du logement.


Ressources et bonnes pratiques : anticiper le tournant vert

  1. Faites réaliser un audit énergétique avant tout projet de rénovation, même pour une seule opération ciblée : il guide vos choix et conditionne l’accès à certaines aides.
  2. Privilégiez les matériaux durables, locaux et faiblement carbonés lorsque cela est possible.
  3. Collaborez avec des professionnels certifiés RGE pour maximiser les financements et la qualité des travaux.
  4. Structurez la planification en copropriété autour d’un plan pluriannuel, favorisant la gestion anticipée et la répartition des coûts.
  5. Sensibilisez continuellement les occupants, locataires comme copropriétaires, aux gestes d’économie et à la valeur ajoutée de la transition environnementale.

Pour aller plus loin sur la transition écologique et l’immobilier

Retrouvez sur immo-pratique.fr des dossiers détaillés sur la réglementation DPE, la rénovation énergétique, les financements « verts » et les nouvelles formes d’habitat soutenables. Des guides pratiques pas à pas, des benchmarks régionaux, ainsi que les contributions de nos experts et membres de la communauté vous y attendent pour faire de votre projet un véritable accélérateur de la transition écologique en France. Que vous soyez investisseur, propriétaire occupant, bailleur ou simple locataire, l’avenir de l’immobilier est désormais indissociable de son engagement pour l’environnement.

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