Diagnostics & normes

Améliorer la qualité de l’air intérieur : quel rôle pour les diagnostics et normes ?

Par Maxime
6 minutes

Pourquoi l’air intérieur fait-il désormais partie des priorités de la santé publique ?

Nous passons en moyenne plus de 80 % de notre temps dans des espaces clos : logements, bureaux, écoles, transports. Pourtant, la qualité de l’air intérieur reste souvent négligée au regard de la pollution extérieure. Les études montrent une présence élevée de polluants invisibles mais nocifs : composés organiques volatils (COV), particules fines, radon, formaldéhyde, moisissures, CO2, etc. Ces substances, issues de nos activités quotidiennes (matériaux, mobilier, produits d’entretien, tabac, cuisson), peuvent provoquer maux de tête, allergies, asthme, fatigue, voire des pathologies chroniques.


Améliorer l’air que nous respirons chez nous devient ainsi un véritable enjeu d’habitat sain. Pour y voir plus clair et agir, diagnostics et normes se déploient, à la croisée de la prévention et de la législation.


Les polluants majeurs : quels sont-ils et comment les repérer ?

La pollution de l’air intérieur est insidieuse. Certains polluants ont des sources évidentes, d'autres beaucoup plus diffuses. Parmi les plus surveillés, on retrouve :

  • Le formaldéhyde : très fréquent dans les meubles agglomérés, peintures ou colles. Cancérigène avéré.
  • Le radon : gaz radioactif naturel, présent dans certains sous-sols, il s'accumule dans les maisons mal ventilées. Principal risque : cancer du poumon.
  • Les COV : benzène, toluène, acétaldéhyde émanent des vernis, désodorisants, bougies, produits ménagers.
  • Les particules fines : issues des poêles à bois, cuisson, tabac ou infiltrations d’air extérieur.
  • Le dioxyde de carbone (CO2) : marqueur d’insuffisance de ventilation, de sur-occupation ou de rien-faire. Excès = baisse de vigilance et d’efficacité.
  • Les moisissures, allergènes, indicatrices d’une humidité excessive ou d’une ventilation défectueuse.
  • Le monoxyde de carbone (CO) : gaz mortel provenant d’appareils à combustion défectueux.

Diagnostics obligatoires et volontaires : comment évaluer la qualité de l’air ?

Le diagnostic de la qualité de l’air intérieur ne fait pas encore partie des obligatoires généralisés à toutes les transactions comme le DPE ou l’amiante. Toutefois, le législateur renforce progressivement la prévention dans les lieux sensibles et certaines habitations.

Zoom sur les diagnostics réglementaires principaux

  • Le diagnostic amiante : obligatoire lors de la vente ou la location d’un bien construit avant juillet 1997. L’amiante, inhalé, est toxique.
  • Le diagnostic plomb (CREP) : obligatoire pour les logements d’avant 1949. Le plomb est hautement nocif, surtout pour les enfants.
  • Le diagnostic radon : n’est pas encore systématique, mais fortement recommandé dans les “zones à potentiel radon” (voir carte de l’IRSN). Il est parfois imposé dans certaines régions pour les établissements recevant du public (notamment les écoles).
  • Le diagnostic électricité et gaz : surveille les installations pouvant générer des émanations de CO et d’autres polluants en cas de vétusté.
  • Surveillance de la qualité de l’air intérieur dans les établissements recevant du public (ERP) : écoles, crèches, accueils collectifs doivent mesurer ou évaluer annuellement certains polluants (formaldéhyde, benzène, CO2, particules) depuis la Loi Grenelle 2 et ses décrets d’application.

Focus sur les diagnostics volontaires

De plus en plus d’acteurs proposent des audits de la qualité de l’air intérieur, notamment en complément d’un audit énergétique ou dans le cadre d’une rénovation globale. Mesures ponctuelles ou suivies (boîtiers de relevés, analyse d’air en laboratoire), ces diagnostics permettent d’identifier la ou les sources de pollution, la concentration dans les pièces, et de conseiller sur les travaux probants : renforcement de la ventilation, choix de matériaux, gestion de l’humidité…


Normes et labels : des repères fiables pour mieux construire et rénover

Au-delà du cadre réglementaire, de nombreuses normes et labels encadrent désormais la conception des bâtiments et leurs équipements afin de contrôler l’impact sur la qualité de l’air intérieur.


  • Le label A+ des émissions de COV : obligatoire sur tous les produits de construction et décoration depuis 2013 (peintures, vernis, revêtements…). Il guide le consommateur vers les matériaux les moins émissifs.
  • La réglementation RE 2020 : entrée en vigueur pour les constructions neuves, elle impose l'intégration de mesures pour la santé de l’air en incluant des exigences sur le choix des matériaux, la ventilation et l’étanchéité à l’air.
  • Les certifications HQE, BREEAM, WELL : délivrées aux immeubles tertiaires ou résidentiels engagés dans une démarche de bâtiment sain et durable. Elles évaluent une palette de critères santé-environnement, dont la QAI (Qualité de l’Air Intérieur).
  • La norme NF EN ISO 16000 : cadre international de mesures et d’analyse de la pollution de l’air intérieur.

Choisir, lors d’un achat ou d’une rénovation, des produits ou des logements affichant ces référentiels est un gage de sécurité à long terme pour les occupants.


Comment agir concrètement face à un diagnostic médiocre ?

Un diagnostic défavorable ou une simple suspicion doivent inciter à des mesures correctives immédiates ou graduées :

  • Aérer régulièrement, même en hiver, en ouvrant grand les fenêtres au moins 10 à 15 minutes par jour.
  • Vérifier et entretenir sa ventilation (VMC, grilles) : une VMC fonctionnelle renouvelle l’air, limite humidité et charges polluantes.
  • Adopter des matériaux et produits “sains” : privilégier peintures, colles, parquets ou meubles à faible émission de COV (label A+ ou écolabels européens).
  • Limiter l’usage de désodorisants, bougies, encens et produits d’entretien agressifs qui relarguent facilement des composés irritants.
  • Surveiller l'humidité dans la salle de bain, la cuisine, les caves : un air trop humide encourage les moisissures, un air trop sec favorise l’irritation des muqueuses.
  • Entretenir les appareils à combustion : chaudières, poêles, cheminées doivent être ramonés et contrôlés par un professionnel pour éviter les émanations de CO.
  • En cas de suspicion de radon, aérer les espaces bas, s’informer sur sa zone et consulter un professionnel agréé pour pose de détecteur et solutions techniques.

Les évolutions à venir : quand la qualité de l’air intérieur deviendra incontournable

La réglementation évolue rapidement sous l’effet des alertes sanitaires et des progrès de la recherche. On prévoit :

  • Un élargissement de la surveillance réglementaire à tous les bâtiments (logements collectifs, bureaux, lieux de santé).
  • Des contrôles accrus lors des transactions immobilières, à l’image du DPE.
  • Une pression renforcée sur les fabricants de matériaux et d’ameublement pour diminuer l’impact environnemental et sanitaire de leurs produits.
  • Le développement de capteurs intelligents pour un suivi en temps réel à domicile.

L’anticipation sur ces futures normes est un atout dans tous les projets d’acquisition, d’investissement ou de rénovation. Valoriser l’air sain rejoint le mouvement général de “logement durable” et influe déjà sur la valeur d’un bien.


Foire aux questions pratiques autour de la qualité de l’air intérieur

Le diagnostic de la qualité de l’air intérieur est-il obligatoire lors de la vente ou de la location ?

Pas encore pour les logements “classiques”. Il l’est dans certains ERP (crèches, écoles, etc.), et quelques collectivités l’imposent en complément dans des zones sensibles (radon élevé, passé industriel). Mais sa généralisation est souvent vue comme la prochaine étape majeure après le DPE.


Comment savoir si je suis dans une zone à risque radon ?

Consultez le site officiel de l’IRSN (irns.fr) pour visualiser les cartes et les niveaux de vigilance recommandés. En zone 3, la pose d’un détecteur et un diagnostic sont vivement conseillés.


Existe-t-il des aides financières pour l’amélioration de la qualité de l’air intérieur ?

Oui, notamment dans le cadre de la rénovation énergétique globale (isolation, ventilation, changement d’appareils de chauffage). Les dispositifs MaPrimeRénov’ et les aides de certaines collectivités locales intègrent l’exigence de traitement de la ventilation, conditionnant parfois l'octroi des primes.


Que faire si j’observe de la moisissure ou des odeurs suspectes ?

Identifier la source d’humidité, traiter les fuites, ventiler efficacement et, en cas de doute, faire réaliser une expertise ou un diagnostic spécialisé. Des mesures simples (aération, déshumidificateur) sont parfois très efficaces si le problème est limité.


Les purificateurs d’air sont-ils une solution miracle ?

Non : ils doivent rester une solution d’appoint, notamment pour les personnes fragiles ou dans des contextes d’allergie sévère. Aucun dispositif ne remplace l’aération naturelle et la réduction des sources de pollution.


À retenir : le duo diagnostics & normes, leviers essentiels pour un habitat sain

  1. Diagnostiquer pour comprendre : repérer les polluants et agir à la source, en amont des symptômes.
  2. Choisir, lors de chaque achat ou rénovation, des matériaux, équipements et modes de ventilation labellisés et peu émissifs.
  3. Anticiper les évolutions réglementaires : elles sont autant de critères qui pèseront bientôt dans la valeur d’un logement et dans le choix de vos futurs locataires ou acquéreurs.
  4. Intégrer la qualité de l’air intérieur à vos réflexions d’investissement ou de travaux : c’est garantir le bien-être et la santé des occupants, aujourd’hui et dans la durée.

Pour approfondir le sujet et retrouver des tutoriels étapes par étapes sur les nouveaux diagnostics QAI, des guides de choix de VMC ou des benchmarks de solutions contre le radon et le formaldéhyde, rendez-vous sur immo-pratique.fr. Protégez, valorisez et respirez sainement votre habitat grâce à l’application rigoureuse de diagnostics et à l’usage éclairé des normes.

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