Fiscalité

Réduire sa fiscalité grâce au déficit foncier : mode d’emploi pour investisseurs

Par Maxime
5 minutes

Comprendre le mécanisme du déficit foncier : booster la rentabilité de son investissement


En pleine recherche de solutions pour optimiser leur fiscalité, de nombreux investisseurs immobiliers s’intéressent au mécanisme du déficit foncier. Derrière cette appellation technique se cache en réalité un levier puissant pour réduire la pression fiscale sur les revenus fonciers, voire sur l’ensemble de son revenu global. Accessible à toute personne percevant des loyers de biens loués nus (hors dispositif spécifique type Pinel ou Denormandie), ce dispositif ancien reste méconnu du grand public alors qu’il s’avère particulièrement efficace dans le cadre d’un achat avec travaux ou d’une rénovation patrimoniale.


Déficit foncier : de quoi s’agit-il exactement ?


Le déficit foncier correspond à la situation où le montant des charges déductibles est supérieur à celui des revenus fonciers perçus au cours d’une même année. Ces charges regroupent principalement les dépenses de réparation, d’entretien et d’amélioration, les primes d’assurance, la taxe foncière, les intérêts d’emprunt, les frais de gestion… Lorsque ce solde global est négatif, le législateur autorise l’imputation automatique du déficit sur d’autres revenus sous conditions et dans certaines limites.


Ce mécanisme s’applique uniquement aux biens loués nus sous le régime du réel (régime réel d’imposition des revenus fonciers). Les locations meublées ne sont pas concernées puisqu’elles relèvent d’un autre régime fiscal (BIC pour les Locations Meublées Non Professionnelles – LMNP).


L’intérêt fiscal concret pour l’investisseur


Le déficit foncier présente un double avantage :


  • Réduire l’imposition des loyers : lorsque les charges excèdent les loyers encaissés, le bailleur ne paie pas d’impôt ni de prélèvements sociaux sur les revenus fonciers. Mieux encore, le déficit qui subsiste après neutralisation des loyers peut être imputé sur le revenu global, dans la limite de 10 700 euros par an, ce qui réduit directement son impôt sur le revenu.
  • Reporter l’excédent éventuel : si le déficit est supérieur au plafond annuel ou dépasse les autres revenus, la fraction non imputée est reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes.

Par exemple, un couple réalisant 20 000 € de travaux déductibles sur un appartement générant 8 000 € de loyers annuels pourra déduire 12 000 € de déficit. 10 700 € seront imputables sur leur revenu global, le solde étant reporté sur les années à venir.


Quelles charges et quels travaux sont éligibles ?


Le champ des dépenses déductibles au titre du déficit foncier est relativement large mais défini strictement :


  • Dépenses de réparation et d’entretien : remplacement d’une toiture, ravalement, changement de chaudière, modernisation de la salle de bains, isolation…
  • Dépenses d’amélioration : installation de sanitaires dans un logement ancien, création d'une cuisine équipée, sécurisation des accès...
  • Dépenses de gestion locative (frais de syndic, honoraires d’agence de location ou de gestion).
  • Taxes foncières, assurance propriétaire non occupant.
  • Intérêts d’emprunt (attention : ceux-ci sont déductibles uniquement des revenus fonciers, jamais du revenu global).

À l’inverse, les travaux de construction ou d’agrandissement, qui augmentent la surface habitable (création d’une extension, surélévation, etc.), ne sont pas déductibles au titre du déficit foncier.


Règles d’imputation : ce qu’il faut absolument respecter


Tous les déficits fonciers, hors ceux générés par les intérêts d’emprunt, sont imputables sur le revenu global du foyer fiscal à hauteur de 10 700 € par an. Si l’on dépasse ce seuil, le surplus est reportable sur les loyers nets fonciers futurs pendant dix ans.


En revanche, la quote-part provenant des intérêts d’emprunt n’est imputable que sur les revenus fonciers. Elle ne permet jamais de réduire la base de calcul de l’impôt sur le revenu général.


Déficit foncier et engagement de location : les obligations à connaître


Afin d’éviter l’effet d’aubaine, le fisc impose aux investisseurs de louer le bien (nu à usage d’habitation principale ou secondaire, hors meublé) pendant au moins trois ans après l’année d’imputation du déficit sur le revenu global.


En cas de non-respect (vente, changement de destination, reprise pour usage personnel avant les trois ans), l’avantage fiscal est remis en cause et le fisc procède à une régularisation, sauf cas de force majeure (exemple : décès, licenciement, invalidité…)


Exemple chiffré détaillé : impact du déficit foncier sur la fiscalité d’un investisseur


Imaginons un contribuable percevant 40 000 € de salaires, complétés par 6 900 € de loyers bruts issus de la location nue d’un appartement nécessitant des travaux importants. Il engage 18 000 € de dépenses éligibles au déficit foncier (hors intérêts d’emprunt).


Situation avant travaux :


  • Revenus fonciers nets = 6 900 € – (assurances, taxes, frais gestion : 1 200 €) = 5 700 €.
  • Imposition sur ces revenus au barème + prélèvements sociaux.

Situation l’année des travaux :


  • Dépenses totales : 1 200 € (frais récurrents) + 18 000 € (travaux) = 19 200 € de charges.
  • Déficit foncier = 6 900 € (loyers) – 19 200 € (charges) = –12 300 €.
  • Sur cette somme, 10 700 € s’imputent sur le revenu global : le revenu imposable passe de 40 000 € à 29 300 €, d’où une économie d’impôt significative (jusqu’à 4 000 € selon la tranche marginale d’imposition).
  • Le solde (1 600 €) se reporte sur les loyers des années suivantes.

Stratégies et bonnes pratiques pour optimiser son déficit foncier


  1. Planifier les travaux sur une seule année fiscale : pour maximiser l’avantage, regroupez un maximum de dépenses de travaux éligibles sur une même année de déclaration, en évitant d’étaler inutilement sur deux ans.
  2. Faire appel à un professionnel pour la gestion des travaux : conservez tous les justificatifs (factures, photos, devis) et privilégiez les interventions par des artisans bénéficiant d’une assurance décennale.
  3. Vérifier l’éligibilité des dépenses : certains aménagements ou embellissements ne sont pas éligibles ; consultez systématiquement un expert-comptable ou le centre des impôts en cas de doute.
  4. Conserver le bien en location au moins trois ans après imputation du déficit pour sécuriser l’avantage fiscal.
  5. Anticiper la sortie ou la mise en vente si vous envisagez une revente : une consultation préalable est conseillée pour éviter une reprise d’impôt sur les déficits imputés.

Déficit foncier ou autre stratégie : comparatif rapide avec d’autres dispositifs


Contrairement aux régimes Pinel, Denormandie ou Malraux, le déficit foncier ne comporte pas de plafonnement des loyers, de conditions de ressources du locataire ou d’obligations de zonage. Il est donc particulièrement adapté pour des investissements dans l’ancien, en centre-ville ou dans des petites communes où les dispositifs de défiscalisation classiques ne sont pas toujours applicables.


Autre avantage : il est possible de cumuler plusieurs biens (et donc plusieurs déficits) dans la même déclaration. En revanche, le déficit foncier reste incompatibles avec la location meublée (LMNP ou LMP).


Questions fréquentes sur le déficit foncier


Puis-je combiner déficit foncier et SCI ?

Oui, si la SCI est à l’impôt sur le revenu et laisse ses associés déclarer les revenus fonciers personnels. En SCI à l’IS (Impôt sur les Sociétés), le mécanisme ne fonctionne pas de la même manière.


Quid des locations temporaires ou touristiques ?

Le dispositif est réservé à la location nue. Les locations de courte durée ou saisonnières relèvent en général du régime meublé.


Le déficit foncier sur résidence secondaire est-il possible ?

Non, seul un bien loué (pas occupé ou réservé à soi-même) est concerné. Il faut qu’il ne soit pas meublé, occupé durablement par un tiers, et déclaré aux impôts en location nue.


Bilan et points clés à retenir


  1. Le déficit foncier permet de réduire son impôt sur le revenu dans la limite de 10 700 € par an, via l’imputation des charges et travaux sur des loyers insuffisants.
  2. Il s’agit d’une stratégie souple, adaptée à la rénovation de biens anciens ou dégradés, sans contrainte de localisation ou de plafond de ressources.
  3. L’engagement de trois années de location nue après utilisation du déficit est impératif pour sécuriser l’avantage.
  4. Un pilotage soigné du montage, de la nature des travaux et des délais s’impose, pour maximiser les économies et éviter tout risque de rectification fiscale.

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